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LE SAUVETAGE D’ARTAX
Le repas terminé, tout le monde se lève et se dirige vers la sortie. Ils passent par les toilettes, autant prendre ses précautions avant de partir.
La promenade à pied commence. Le groupe s’éloigne peu à peu des axes routiers pour s’enfoncer dans la campagne. Elisabeth, parmi sa classe écoute, fait des commentaires avec les autres élèves. Ils se renseignent sur la faune et la flore qui bordent les chemins. Les animateurs sont ravis de leur répondre et de voir l’intérêt que les élèves portent à leurs explications. Ce n’est pas toujours le cas.
Sur le retour, ils passent devant un lac. Un petit pont le traverse dans le sens de la largeur. Adeline et ses copines s’approchent d’Elisabeth.
- Allons, faisons la paix à présent, tu ne crois pas, dit Adeline.
Elisabeth se demande pourquoi cette furie revient la voir, mais préférant la paix à la guerre, elle accepte de lui parler.
- Pour commencer, je ne suis pas une voleuse, précise Elisabeth, je ne vois pas pourquoi tu m’as accusée aussi rapidement ?
- Je n’aime pas te voir tourner autour de Clément.
- C’est un copain, c’est tout, rétorque Elisabeth. Nous faisons quelquefois la route ensemble jusqu’au collège. S’il ne peut plus avoir d’amie, sans que tu te mettes dans des états pareils, je le plains.
Tout en parlant, elles ont ralenti la marche et se sont approchées du bord du lac.
Elisabeth, à présent se trouve dos au lac. Les filles ont bien combiné leur coup. Elles la bousculent et la font tomber à la renverse dans les herbes au bord de l’eau.
Elisabeth pousse un cri mais le groupe et les accompagnateurs sont trop loin pour entendre ce qui se passe. Adeline et ses copines chantent pour couvrir les bruits.
Après s’être retournée, une surveillante aperçoit des filles qui rejoignent le groupe en courant.
- Tout va bien ? Que faisiez-vous là-bas ? demande t-elle.
- Oh, rien m’dame. On avait cru voir un petit animal dans le lac, mais on s’est trompé.
- Ce lac est très beau mais dangereux, informe la surveillante. Il y a des algues qui rendent la natation impossible. Deux jeunes se sont noyés l’année dernière, ils se sont crus plus forts que les autres pourtant ils ont bel et bien étaient entraînés vers le fond. On les a retrouvés enroulés dans les algues, ce n’était pas beau à voir. Pour les parents, c’est toujours horrible, finit-elle par dire avant de s’éloigner pour revenir au milieu du groupe.
Elisabeth se relève vexée de s’être laissé avoir de la sorte. Elle essaye de remonter le talus d’où les autres l’ont poussée quand elle entend des rires de garçons. Elle se retourne et voit deux gamins sur le petit pont, poser un sac en plastique dans l’eau. Un chat enfermé dedans miaule à fendre l’âme. Elisabeth crie après eux.
- Vous n’avez pas honte ! Reprenez-le tout de suite, vous pouvez encore le faire.
Mais les deux jeunes monstres rient de plus belle.
- T’as qu’à vnir l’ker ti même, et ils s’enfuient en courant.
Elisabeth regarde la surface de l’eau et a peur de s’y aventurer. Elle voit très bien ces algues redoutables et sait que c’est périlleux. Néanmoins elle ne peut pas laisser cette pauvre bête se noyer, elle a l’impression d’entendre « Elisabeth sauve-moi ! ». Elle n’y tient plus. Après quelques instants d’hésitation, elle détache enfin sa veste entourée autour de sa taille, retire rapidement ses chaussures et son jean. « Heureusement que j’ai mis mon maillot de bain », songe t-elle. Doucement elle entre dans l’eau et nage précautionneusement mais les algues viennent enlacer ses jambes puis se décrochent pour recommencer dans un mouvement de va et vient incessant. A la place du crawl, qui donne de la vitesse mais empêche la visibilité pour le sauvetage, elle décide de pratiquer la brasse. Là, elle voit le pauvre chat qui s’enfonce dans l’eau. Le sac en plastique est attaché sous les pattes avant qu’il agite de toutes ses forces. Les enfants ont serré le sac mais l’eau pénètre dedans. Si la situation du chat n’est pas enviable, celle d’Elisabeth ne vaut guère mieux. Des algues plus longues s’agrippent à une de ses jambes. Elle ne réussit pas à se dégager, et pire, elle se sent entraînée vers le fond du lac, doucement et irrémédiablement. Elle panique. C’est fini, tout ça pour rien. Ce n’est pas possible… Nous sommes perdus tous les deux pense t-elle. Quand soudain, elle se souvient du couteau suisse de Vincent qu’elle avait caché dans la poche gauche de son tee shirt. Elle a déjà la tête dans l’eau quand elle réussit à ouvrir la fermeture éclair de la poche pour prendre le couteau, sortir la lame et couper cette algue qui ne voulait plus la quitter. Libérée, elle reprend sa respiration, heureuse de se retrouver la tête hors de l’eau. Cependant une deuxième algue entoure ses pieds, « ça ne finira jamais » pense
t-elle, à nouveau, elle bloque sa respiration, s’enfonce dans l’eau pour la trancher, la résistance de l’algue lui fait faire de tels efforts qu’elle est obligée de reprendre son souffle. Difficilement elle ressort sa figure hors de l’eau en penchant bien la tête en arrière et retourne sectionner cette herbe. « Pourvu que j’y arrive », se dit-elle, enfin délivrée, elle remonte à la surface, prend un grand bol d’air pur, vite elle détache ses pieds pour poursuivre son sauvetage. Elle est à quelques brasses du chat qui a les yeux révulsés par la peur. Il coule lentement mais sûrement, Elisabeth ne veut pas s’avouer vaincue. Elle plonge en canard, voit le sac, donne un bon coup de reins pour le rattraper le plus rapidement possible puis remonte à la surface en espérant que son geste ne soit pas vain. Le chat a la tête hors de l’eau. Il éternue, essaye de reprendre sa respiration, il n’est pas en forme mais bel et bien vivant. Elle nage à l’indienne, tout en prenant soin de garder la tête du chat à l’air libre, essaye de faire le moins de remous possible, sentant toujours ces algues la frôler. Le cauchemar se termine, Elisabeth s’approche du bord, vérifie qu’elle a pied et se sent soulagée puis avance prudemment. Ils sont enfin hors de danger. Elle dépose son précieux colis, déchire le sac avec son couteau et délivre la pauvre bête qui toussote toujours avant de reprendre une respiration normale. Elisabeth le caresse doucement, lui parle en espérant lui redonner confiance.
- Tu es beau, tu sais, avec ta robe toute noire et tes yeux émeraude. Tu ressembles à Artax, le chat d’Audrey. Je t’appellerai comme lui, d’accord Artax ?
Soudain, le chat se redresse sur ses quatre pattes, miaule plusieurs fois, s’étire puis se retourne en lui donnant un coup de patte, toutes griffes dehors et s’enfuit à toute vitesse. Des grosses larmes remplissent les yeux d’Elisabeth. Elle se tient le poignet et s’aperçoit que quelques gouttes de sang perlent de sa blessure. Elle tombe à genoux et sanglote. Elle aurait aimé le garder avec elle. Elle se serait débrouillée, lui aurait donné sa nourriture, changé sa litière. Mais à cet instant précis, elle se sent très malheureuse, décidément tout va mal.
Petit à petit, ses sanglots diminuent d’intensité. A présent il faut qu’elle rentre au camp. « Ils ont dû s’apercevoir de mon absence et doivent me chercher maintenant, pense t-elle. Ils ne vont pas tarder à venir jusqu’au lac ». Elle enlève son tee shirt, le tord pour éliminer l’eau et le revêt avec son jean et ses chaussures, attache de nouveau sa veste autour de sa taille, heureusement il fait chaud, puis en s’aidant des herbes, elle remonte la butte, s’assoit et guette songeuse que l’on vienne la chercher. Elle prend son portable mais, après quelques hésitations, refuse d’inquiéter sa mère et regrette de ne pas posséder le numéro de téléphone du camp. « De tout sens, ils vont bien venir me rechercher, Camille va s’inquiéter de mon absence… et si vers 18h00, je ne vois toujours personne, je contacterai la police », se décide t-elle. Après un long moment d’attente, une voiture sportive de couleur rouge arrive à vive allure. Le conducteur voit une jeune fille seule sur le bord de la route, il ralentit et s’arrête devant elle. Elisabeth le reconnaît, il travaille à la cantine de la ferme où ils sont descendus.
- Que fais-tu ici, toute seule ? demande le jeune conducteur.
- J’ai eu quelques petits problèmes, vous allez à la ferme ? dit Elisabeth.
- Je t’emmène si tu veux, avant le branle-bas de combat qui va se mettre en place sitôt que les professeurs et accompagnateurs vont s’apercevoir de ton absence.
- J’accepte, merci, ça tombe bien car je suis vraiment épuisée.
Elisabeth monte dans la voiture. Son conducteur de corpulence moyenne a le teint hâlé, les cheveux bruns et ondulés et les yeux noisette.
- Je m’appelle Jean Arnaud, dit-il, en démarrant sa voiture. Et toi ?
- Elisabeth, répond-elle, et elle explique l’altercation avec Adeline, l’accompagnatrice qui l’a prise pour une voleuse, la façon dont les filles se sont liguées pour la faire tomber au bord du lac, le sauvetage du chat et le coup de griffe qu’il lui a donné avant de se sauver.
A SUIVRE...


