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L’EMPEREUR DECHU
Les pertes sont sévères d’un côté comme de l’autre. Vincent, malheureux de voir ses compagnons se
faire tuer, est transfiguré par la rage, son souffle devient rapide, bruyant, des larmes coulent sur ses joues. Les hommes ailés, surtout Rissousse, sont ébahis de sa transformation et essayent
de le calmer.
- Attention Vincent, dit Rissousse, ta haine risque de perturber ton tir.
- Pas de danger ! répond Vincent en s’appliquant à viser un adversaire, qui,
touché, explose dans une gerbe de feu.
Des ordres fusent du vaisseau empereur.
- Cessez le tir et alignez-vous sur nous ! Je vous répète, cessez le tir et
alignez-vous sur nous.
Surpris les Nacoubas pensant à une ruse pour mieux surprendre les Orwaniens, se replient
près de leur vaisseau impérial pendant que les rebelles cherchent à entrer en contact avec leur ennemi Orwanien pour faire cesser le combat à tout prix.
- Nous voulons la paix, dit le Commandant Keplok. Nous avons neutralisé notre Empereur. Il
est à présent notre prisonnier, je répète nous voulons la paix !
Un des Nacoubas fidèle à son Empereur refuse le pacte avec l’ennemi et veut reprendre le
combat. Il est immédiatement abattu par les siens qui en ont assez de tous ces combats qui ne mènent visiblement à rien.
Après avoir pris conseil auprès du Grand Maître, Rissousse accepte de parlementer. Il est
invité à se poser sur la plate-forme du vaisseau impérial, à une place désignée. Rissousse s’exécute, non sans une certaine appréhension. Toujours par télépathie, il a ordonné à ses amis de tirer
pour supprimer le vaisseau ennemi même si lui et les siens prisonniers sont dans l’impossibilité de repartir. Toutefois il reste en contact permanent avec eux. Le Grand Maître donne également son
accord et espère que tout se passera bien et que Rissousse, Vincent et leurs compagnons retrouveront le chemin du village. Les moteurs éteints,
ils ont la surprise de descendre avec une partie de la plate-forme. L’avant de l’ascenseur touche le sol tandis que l’arrière reste légèrement élevé, ce qui permet à l’appareil de rouler
doucement. Sitôt libéré cet ascenseur se relève pour refermer le plafond.
- Là nous sommes vraiment à leur merci, s’inquiète Vincent.
Ils sont invités à suivre des soldats très calmes et même souriants. Rissousse demande à
deux de ses hommes de rester dans l’appareil, ils communiqueront comme d’habitude.
Rissousse et Vincent accompagnent leurs guides. Ils empruntent un escalier et se
retrouvent dans un vaste hall joliment fleuri. Un Nacoubas ouvre une porte, la pièce est meublée luxueusement, garnie de tableaux, de statues ainsi que de vases de grande valeur qui prouvent le
bon goût mais aussi l’amour du luxe et pour Rissousse l’inutilité. Ils sont maintenant présentés au Commandant rebelle, Keplok. Celui-ci règle son décodeur vocal et s’adresse aux deux
arrivants.
- Je suis le Commandant Keplok. J’ai pris la responsabilité de cette flotte. Nous avons
mis en prison l’Empereur et sa famille qui nous ont conduits vers le plus grand désastre. Nous vous félicitons pour votre courage et nous vous demandons l’arrêt des combats. Nous acceptons d’être
vos prisonniers mais sachez que sur Nacouba, des hommes, des femmes et des enfants souffrent sans personne pour les diriger. A force de faire la guerre à tous les peuples de notre planète afin de
les soumettre à la volonté de notre Empereur, nous avons tout détruit et nous allions faire la même chose chez vous si vous ne nous aviez pas stoppés.
Rissousse a bien étudié cet homme, il doit être sincère.
- Notre Grand Maître vient de me prévenir qu’il ne désire pas de prisonnier, dit
Rissousse. Il accepte que vous fassiez demi-tour pour retourner chez vous. Nous vous demandons simplement de venir chercher huit prisonniers qui se trouvent dans notre village, ils sont complètement désoeuvrés et inspirent pour notre peuple un sentiment inconnu jusqu’alors : la haine.
Le Commandant Keplok est étonné de la réponse de Rissousse. Comment est-il entré en
communication avec son Grand Maître ? Décidément, ces gens resteront une énigme pour lui.
Pendant que Rissousse et le Commandant Keplok parlementent, un homme rend visite au
gardien qui surveille l’Empereur et sa famille prisonnière. La prison est un endroit difficile d’accès, assez froid, sans confort. Une table et une chaise meublent la pièce du garde. Sur le mur,
une planche sert d’étagère avec quelques gobelets, des écuelles en métal, des pichets. Une réserve d’eau est accrochée au mur. Normalement très peu d’eau et de nourriture étaient données aux
prisonniers mais là, on faisait exception, on traitait mieux l’Empereur et les siens que celui-ci ne traitait ses prisonniers, souvent enfermés pour des pacotilles. Cette visite rend le gardien
tout heureux. En général, personne n’aime venir ici, mais la situation est particulière. Tous les deux commencent à rêver à la fin de ce cauchemar. Ils espèrent que les Orwaniens les laisseront
repartir chez eux sans trop de peine. Ils critiquent l’Empereur et ses méthodes néfastes. Le visiteur a même apporté une boisson alcoolisée pour fêter la paix. Joyeusement, ils trinquent et se
voient déjà entourés par leur famille.
- Bon, je vais retourner à mon poste pour savoir ce qu’il en est, annonce le
visiteur.
Il passe derrière le gardien sans défense et lui assène un coup sur la tête avec sa bouteille en grès. Celui-ci s’écroule sans un cri. L’individu lui prend ses clés et se dirige vers les prisonniers de marque.
- Vite, s’exclame t-il. Le Commandant pactise avec les Orwaniens.
- Les femmes et les enfants resteront ici en attendant notre victoire, ordonne l’Empereur
qui en profite pour féliciter ce fidèle soldat.
Mais la femme de l’Empereur, habituée au luxe et à se faire servir comme une princesse
n’est pas de cet avis. Elle veut regagner ses appartements immédiatement, ne plus rester sur cette paillasse infecte, sans confort et sans hygiène.
- Un bon bain parfumé, réclame t-elle, quel bonheur !
Les autres femmes, plus raisonnables réussissent à la convaincre. Une quinzaine d’hommes
remontent doucement l’escalier. Le soldat ouvre la marche. Il a réussi à cacher des armes avant de rendre visite au gardien.
Le premier obstacle est franchi, sortir des cellules. A présent, il faut récupérer les
armes, ce qui se fait très rapidement.
- Nous allons monter jusqu’en dessous de la plate forme, passer par l’escalier qui conduit
à la salle à manger, nous nous préparerons dans le hall d’entrée. Tous ceux qui seront abattus devront être cachés immédiatement. Il faut ramener plusieurs indécis, conseille le soldat,
responsable de l’évasion de l’Empereur.
Les hommes prennent les équipements et les costumes militaires aux imprudents, qui, sans
méfiance, tombent dans leurs mains en voulant se défendre et non se soumettre. Plusieurs hommes convaincus les rejoignent. Ils commencent à former un petit groupe d’une trentaine de
personnes.
- L’effet de surprise et leur occupation à parlementer avec l’ennemi vont nous être
favorable. Nous allons reprendre les commandes du vaisseau et anéantir tous ceux qui veulent nous tenir tête, lance l’Empereur.
Un des deux hommes de Rissousse resté dans l’appareil, descend pour se rendre compte de la
situation. Il voit un individu monter l’escalier, regarder à droite puis à gauche, semblant se dissimuler. Aussitôt, il prévient son ami resté à son poste et revient se cacher. Le deuxième
Orwanien se précipite vers une autre cachette. Heureusement, car les anciens prisonniers se dirigent vers leur appareil.
- Il n’y a personne, constate l’Empereur. Ils doivent être tous en bas, tant mieux ce sera
plus facile. Dix hommes vont descendre, et nous, nous nous rendrons dans la salle des commandes pour donner l’ordre d’abattre ces maudits Orwaniens qui nous ont tenu tête. L’effet de surprise
nous sera favorable.
Sur ces mots, l’Empereur, le sourire aux lèvres, se dirige vers la salle des
commandes.
Quand Rissousse annonce au Commandant Keplok que l’Empereur a été libéré et qu’il se
dirige vers la salle des commandes avec dix huit hommes bien décidés et qu’également douze hommes descendent l’escalier pour les abattre et reprendre le pouvoir, le pauvre Keplok n’en revient
pas. Rissousse le regarde en colère et lui demande de donner des ordres à ses hommes complètement décontractés et insouciants et de prévenir la salle des commandes de cette attaque
imminente.
La surprise passée, le Commandant informe rapidement ses hommes et veut téléphoner à son
remplaçant mais les fils ont été sabotés. Le Commandant panique.
- Impossible de les prévenir, annonce t-il en essuyant son front perlé de sueur.
- J’ai donné des conseils à mes deux compagnons, ils feront le nécessaire, assure
Rissousse.
Vincent a reçu l’ordre de régler son pistolaser afin de blesser et non de tuer
l’adversaire. Il peut donc viser et tirer sans état d’âme.
- Attention !
A ce moment la porte vole en éclat et les fidèles de l’Empereur font irruption dans la
salle comme des diables.
Des coups de feu tirés des deux camps partent en même temps. Un homme de l’Empereur tire
sur Vincent mais un Nacoubas se jette devant lui pour le protéger et reçoit la balle.
Les fidèles de l’Empereur sont surpris. Ils devaient facilement être victorieux de tous
ces traîtres et ce sont eux qui sont tués ou blessés. Un combat éclair…
Le Commandant regarde Vincent soutenant la tête du blessé. Un docteur Nacoubas se penche
sur lui mais ne laisse aucun espoir. Vincent supplie Rissousse.
- Tu peux, je t’en prie !
Le Commandant admire Rissousse et se demande d’où il tient son pouvoir de divination et
comment un être si petit vis-à-vis d’eux et que l’on a envie de protéger peut être si puissant et supérieur à eux qui se croyaient invincibles.
- Je vais essayer, souffle Rissousse qui s’accroupit devant le blessé.
Le docteur est persuadé que tout est fini. Il voit Rissousse poser une main sur son cœur
et l’autre sur le cœur du blessé pendant une longue minute. Ensuite Rissousse désinfecte la blessure, prend un petit tube dans sa poche à l’intérieur duquel se trouvent un liquide et une épine
qu’il enfonce dans la blessure. Avec une petite pince, délicatement, il retire la balle et verse le reste du liquide contenu dans le tube sur la plaie. Un gémissement sort de la bouche du colosse
allongé.
- Ne le bougez pas, ordonne Rissousse. Mettez-lui quelque chose sous la tête mais
laissez-le ici pendant quelques heures.
Regardant le docteur, Rissousse plaisante.
- Vous verrez que d’ici peu votre soi-disant mourant sera debout, pas en forme c’est sûr
mais il pourra se déplacer légèrement, et dans dix jours ça ne paraîtra plus.
Le docteur des Nacoubas se renseigne du produit contenu dans le tube.
- Vous voulez voler nos secrets, fait remarquer Rissousse, en riant. C’est tout simplement
de l’huile de millepertuis mélangée avec une herbe analgésique ce qui facilite la cicatrisation et supprime la douleur. Nous devons ces remèdes à notre Grand Maître et à tous les femmes et hommes
sages.
Tandis qu’un premier groupe d’hommes de l’Empereur attaquent les partisans de la paix,
l’Empereur et ses acolytes se dirigent subrepticement vers la salle des commandes. Déjà les hommes de Rissousse ont neutralisé deux retardataires. L’Empereur méfiant place deux
guetteurs dans certains lieux afin qu’ils donnent l’alerte ou qu’ils suppriment ceux qui se déplacent dans ce secteur leur appartenant
désormais.
Les sympathisants de l’Empereur, en faction, sont anéantis chacun leur tour. L’Empereur
commet sa dernière erreur. Il donne l’ordre à ses hommes de tirer sur les nouveaux responsables pour impressionner les leurs qui se sont rebellés et pour les faire revenir dans le droit chemin.
Entendant un tel ordre, les deux Orwaniens tirent et abattent l’Empereur et ses fidèles. Sans bruit et sans que personne ne les voit, ils retournent dans leur appareil et attendent la suite des
évènements. Rissousse a toujours suivi les péripéties de ses hommes grâce à la télépathie.
- Commandant Keplok, nous pouvons continuer notre conversation, la salle des commandes est
sauvée, fait observer Rissousse. Faites retirer les cadavres. Pour la suite de votre mission, c’est mieux ainsi. L’Empereur était un être incorrigible, il n’aurait jamais changé, et prisonnier,
ses fidèles vous auraient sans arrêt attaqués pour le libérer. Il reste les femmes et les enfants. Je souhaite qu’ils vous suivent sans chercher à vous nuire.
Dans la prison, le gardien s’est relevé, tout éberlué, ne comprenant pas ce qui lui est
arrivé. Le sang coule de sa tête et sa vue est troublée. La femme de l’Empereur, méprisante, lui adresse des mots blessants.
- Idiot ! Tu t’es bien fait avoir, mon mari a repris les commandes. Lorsqu’il
reviendra pour nous sortir de là, tu auras les soins que tu mérites.
Le blessé comprend mal. Il veut se venger, il arme son fusil et tire dans la direction des
cellules à l’aveuglette, sans distinction. Il entend le hurlement des femmes et des enfants mais continue son geste fou puis l’homme s’écroule sans vie sur le sol. C’est le silence complet, plus
un cri, plus une plainte. Un carnage provoqué par des paroles de haine qu’un peu de diplomatie aurait pu éviter mais ce n’était pas le genre de la famille impériale.
Tout à coup, un gémissement se fait entendre puis des pleurs, il y a tout de même des
survivants dans cet enfer. Il faut aller chercher du secours. Une femme blessée à l’épaule veut venir en aide aux autres mais seule c’est impossible. Elle ouvre la porte de la cellule qui a été
fracassée par les tirs, remonte l’escalier qui lui semble sans fin mais il faut faire très vite. Arrivée au premier étage, elle crie, espérant se faire entendre, en vain. Elle se retrouve au
dessus de la plate-forme où sont les deux Orwaniens qui préviennent immédiatement Rissousse.
- Une femme blessée appelle au secours, s’écrie Rissousse qui se précipite, suivi de
Vincent et du Commandant Keplok.
Avant de s’évanouir, elle a le temps d’expliquer rapidement la situation. Un infirmier la
prend en charge. Le Commandant avertit docteurs, chirurgiens et infirmiers. Vincent et Rissousse se dirigent vers les blessés. Quant aux deux Orwaniens, ils doivent pour l’instant rester dans
l’appareil en observation. Lorsque les sauveteurs arrivent, le spectacle est tellement horrible qui ne savent où donner de la tête.
- Allez chercher des couvertures, la pharmacie d’urgence, improvisez des brancards. Tous
s’affairent pour donner les premiers soins.
Le chirurgien opère après avoir fait une piqûre de morphine. Sans hygiène, il y a des
risques mais il faut essayer.
- Nous n’avons plus rien pour endormir les blessés que nous devons soigner, annonce le
chirurgien.
Rissousse appelle ses deux observateurs et leur demande de venir avec leur médecine. Avec
ces anesthésiants, ils peuvent de nouveau opérer, recoudre sans que les victimes éprouvent le moindre mal.
Des mamans se réveillent, crient après leurs enfants, demandent des nouvelles, tandis que
des enfants à peine conscients appellent eux aussi leur maman. Tous ceux qui peuvent être transportés sont remis au bon soin des soldats qui servent de brancardiers. Les enfants sont portés à
bras avec beaucoup de précaution.
Dans la salle des commandes des bruits suspects ont été entendus. Des hommes en faction, à
côté des machines se précipitent, ouvrent la porte et à leur grand étonnement, ils découvrent l’Empereur et ses fidèles qui gisent sans vie.
- Qui a fait ça ? lance un Nacoubas. Ils ont l’air d’avoir été transpercés par un
éclair.