Mardi 5 mai 2009

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TEMPETE

 

Au village de Rissousse, les Nacoubas regardent les petites chaises qui ne leur inspirent pas confiance et préfèrent s’asseoir à terre, aussitôt imités par les habitants des villages. La nourriture commence à circuler quand les prisonniers, les enfants de l’Empereur défunt, quelques femmes et hommes sages ainsi que le Grand Maître font leur apparition. La rencontre entre les Nacoubas fait couler des larmes sur les joues des prisonniers. 

- Jamais nous ne pensions vous revoir, ici c’est peut-être un petit paradis mais pour nous, rester sans nouvelles de nos proches devenait insupportable, de plus, avec le mal que nous leur avons fait, nous n’étions pas particulièrement aimés, confie un prisonnier Nacoubas. 

- Nos amis Orwaniens nous laisseront partir après le repas annonce le responsable de la mission. Nous ne connaissons pas la situation sur Nacouba, aucun renseignement sur quoi que ce soit n’a filtré. Keplok, le nouveau Commandant du vaisseau impérial a dû entrer en communication avec eux. Nous en saurons plus une fois que nous serons arrivés à bord.

Lyrisse, le maître du village demande aux prisonniers de s’asseoir parmi eux. Les villageois leur font un accueil poli, sans plus. Ces huit Nacoubas étaient des combattants, et non des révoltés contre l’Empereur. Tout le monde se régale quand un avertissement les met en garde : attention danger, tempête.

Ce sont des pêcheurs qui ont vu arriver à l’horizon les gros nuages annonciateurs de fortes pluies. Avant ils avaient remarqué un ciel rose foncé avec des traces rouges, signal de vents plus ou moins violents. D’ailleurs les barques reviennent sur la plage très rapidement. Au village, l’alerte donnée, tout le monde se lève, emporte chaises, tables, nourriture. Les Nacoubas étonnés, apprennent qu’une tempête arrive. Ils doivent rejoindre la salle des fêtes pour se mettre à l’abri. Les fenêtres et les portes des maisons sont fermées, chacun vérifie si rien ne peut s’envoler et provoquer des dégâts. L’orage gronde et se rapproche de plus en plus.

- C’est pour nous, dit Rissousse qui se trouve entouré de sa famille, Vincent, Elisabeth, Audrey, les Nacoubas et les quelques hommes et femmes sages qui les avaient accompagnés.

Ils attendent patiemment la fin de l’orage, particulièrement violent. Soudain, ils sont prévenus que des enfants sont dehors, bloqués, plusieurs blessés ne peuvent se dégager. Ils se sont fait surprendre par la chute d’un arbre. Les trois aventuriers voient Rissousse pour la première fois perdre son sang-froid et se mettre en colère. Elisabeth veut lui faire comprendre que c’est un simple accident mais Rissousse lui répond sèchement.

- Ils pèsent environ 18 kg. Par un vent pareil, comment vont-ils s’en sortir ?

Gréterk interpelle Rissousse.

- Nous mesurons entre 2,30 m et 2,50 mètres et pesons 180 à 200 kg, pour nous ce vent n’est pas dangereux et ne nous mettra pas dans une situation catastrophique. Laissez nous y aller, ça ne rachètera pas tout le mal que nous vous avons fait mais nous pourrons espérer votre pardon.

- Vous ne savez pas où ils sont ! s’emporte Rissousse.

- Mais moi je sais, affirme Vincent. Ce n’est pas très loin. Nous y étions tous ensemble à la pêche.

- Vite, il n’y a pas de temps à perdre. Monte sur mon dos et tiens-toi bien à mon cou, annonce Gréterk à Vincent.

Les prisonniers partent tandis que les autres restent à l’intérieur de la salle. Au besoin, Vincent donnera l’alerte en utilisant la télépathie. En cas de problème, Rissousse pourra intervenir avec les autres Nacoubas restés avec lui.

Les huit hommes partent en courant. Le vent est violent mais leur poids les avantage. En peu de temps, ils se retrouvent sur place. Les enfants apercevant les Nacoubas s’affolent. Vincent les rassure immédiatement, l’un des Nacoubas protège trois enfants qui ne voulaient pas abandonner leurs amis, ils ont bien essayé de les tirer et de soulever les branches mais c’était trop difficile.

Les Nacoubas enlèvent l’arbre responsable. Aussitôt, après avoir soulevé le tronc, Vincent se renseigne des blessures d’un enfant et l’aide à se mettre debout. Le petit Orwanien marche en boitant, sans qu’il ait de lésions importantes. Quant aux quatre autres enfants, ils ne peuvent pas marcher ; un a la jambe cassée. Les jeunes Orwaniens demandent aux Nacoubas de cueillir des grosses feuilles rigides pour fabriquer une gouttière qui  maintiendra la jambe cassée du blessé.

Un deuxième a son aile abîmée et une entaille à la cuisse. Les deux derniers ont également des coupures plus ou moins importantes sur les membres supérieurs et inférieurs.

Toutes les blessures sont nettoyées et désinfectées grâce à des plantes médicinales que les jeunes Orwaniens ont cueillies avec l’aide de leurs bienfaiteurs. Ils prennent aussi des herbes à mâcher pour soulager leur douleur.  

Les puissants Nacoubas emportent chacun un frêle enfant et se mettent en position pour le retour, Vincent s’entoure des colosses pour se protéger du vent.

Tout heureux, il a déjà contacté Rissousse pour lui affirmer que tout était parfait. Celui-ci le félicite de ses progrès de communication.

En chemin, un des enfants blessés, demande à son porteur avec des sanglots plein la voix :

- Pourquoi vous avez tué mon père ? Nous étions si heureux ensemble.

Le Nacoubas ne sait que répondre. Ainsi il portait un petit orphelin, un enfant dont il avait tué le père. Pas lui bien sûr puisqu’il avait été fait prisonnier sitôt atterri sur la planète Orwania mais les autres envahisseurs, ses frères d’armes. Il doit lui répondre… Enfin, après quelques hésitations, il lui dit :

- C’est pour cette raison que tu n’es pas venu au village ?

- Oui, les pêcheurs aussi d’ailleurs. Nous connaissions nos disparus, c’étaient les enfants de pêcheurs et aussi nos pères. Nous ne pouvions nous réjouir avec les nôtres qui revenaient sains et saufs. Sans vous, nous aurions assisté à leur retour car nous sommes heureux pour eux mais avec vous, c’était au dessus de nos forces.

Le Nacoubas explique.

- Mes deux frères se sont fait tuer. Je n’ai rien à dire puisque nous étions responsables de cette guerre. Mais lorsque je vais me trouver en face de mes parents et que je leur expliquerai la disparition de leurs fils, ils auront aussi beaucoup de chagrin. Les guerres sont toujours désastreuses…

Le vent, petit à petit, diminue d’intensité mais l’orage frappe fort. Au moment où la porte de la salle des fêtes s’ouvre pour laisser entrer les blessés et leurs porteurs, un éclair déchire le ciel en zigzagant suivi presque immédiatement du fracas du tonnerre. 

- Il n’est pas tombé loin, annonce Elisabeth qui se précipite à la fenêtre, suivie d’Audrey.

- Oooooh ! prononcent-elles totalement désolées.

- Que se passe-t-il ? demande Rissousse.

- C’est catastrophique, murmure Audrey, l’olivier est mort.

Rissousse n’en revient pas. Le principal est de soigner les enfants. Les femmes sages se chargent de cette tâche, elles ont l’habitude. Ensuite tout le monde se hâte vers la fenêtre et restent consternés.

Le vent et l’orage se sont éloignés. Rissousse prévient le Grand Maître parti vérifier les dégâts.

- Notre olivier a été foudroyé.

Lorsque le Grand Maître arrive, tous les villageois discutent devant cette catastrophe, ils s’effacent pour lui laisser le passage. A la vue des dégâts, il a l’air totalement effondré.

- Ce n’est pas possible, balbutie t-il, quel malheur… quel malheur… Nous allons devoir l’arracher.

Audrey lui prend la main, le regarde et essaie de lui faire partager son analyse de la situation.

- Je suis d’accord avec vous, c’est triste, mais il vaut mieux que ce soit lui plutôt que nous tous, vous ne croyez pas !

Cette simple réflexion d’une enfant fait réagir le Grand Maître.

- Je crois que j’ai accordé trop d’importance à ce fait, déclare t-il. Tu as raison Audrey, nous aurions pu connaître pire.

- De plus, il y a un petit olivier derrière, il n’est peut-être pas mort, ajoute Audrey.

- Comment sais-tu ça toi, s’étonne le Grand Maître.

- Lorsque nous sommes arrivés, explique Audrey, nous avons visité le village avec Lyrisse, le maître de Rissousse. 

- Nous sommes le maître d’un village, pas d’une personne, rectifie Lyrisse.

- Oui… enfin vous me comprenez, reprend Audrey. Et se tournant vers Lyrisse, vous nous avez dit de ne pas aller derrière l’olivier.

- Et alors, Audrey ? s’inquiète Lyrisse.

- Bah, j’ai été voir pourquoi, et là j’ai vu une petite pousse accrochée à une racine. 

- Tu as eu de la chance, s’exclame Lyrisse en colère. Souvent un cobra venait dormir justement derrière l’olivier et en général, il n’aime pas être dérangé.

- Oh, oui, je sais, il a levé la tête, m’a regardé et il est parti.

Le Grand Maître prend sa tête avec ses deux mains.

- Je renonce à comprendre le fonctionnement de sa réaction vis-à-vis des ordres donnés… Mais c’est une bonne nouvelle, nous allons étudier cette pousse avant d’arracher l’olivier. 

- Peut-être pouvons-nous sauver le petit olivier, ajoute Elisabeth.

Puis après réflexion, elle continue.

- Pourquoi ne pas en planter un deuxième avec les Nacoubas pour sceller  une alliance ?

Si les Nacoubas sont d’accord pour cette proposition, il n’en est pas de même pour les Orwaniens.

- Cet olivier nous rappellera continuellement le drame que nous avons enduré, déclare un Orwanien, meurtri par le décès de son fils.

Certains sont d’accord, d’autres non. Le Grand Maître intervient.

- Ce nouvel olivier, justement, nous empêchera d’oublier ce qui s’est passé. Pour les générations futures, ce sera la preuve qu’il ne faut jamais baisser la garde et qu’ils devront surveiller sans relâche le ciel, afin de ne pas être surpris comme nous l’aurions été si nos amis terriens ne nous avaient pas rendu visite. Et rapidement en souriant, il précise, et si Audrey n’avait pas eu ce caractère rebelle. 

Vu de cette manière, les Orwaniens acceptent.

Les Nacoubas font un trou avec leur propre pelle, qui fait partie de l’équipement indispensable et permanent de leur vaisseau.

Le nouvel olivier sera planté face à celui qui vécut plus de sept siècles. Ils vont prélever un jeune olivier. Le Grand Maître pose sur les racines une poudre blanche pour aider celui-ci à mieux reprendre et les Orwaniens le plantent avec beaucoup d’émotion car un magnifique arc en ciel illumine le ciel d’une façon féerique. Ces hommes, hier encore ennemis, admirent ensemble ce phénomène de bon augure. 

Les Nacoubas sont à présent prêts à partir. Les enfants blessés veulent dire au revoir à ces hommes qui ont bravé la tempête pour eux. Les Nacoubas surpris et heureux de les apercevoir leur envoient des baisers de la main en leur disant : 

- Vous nous avez pardonné, enfin nous sommes soulagés.

Les trois aventuriers se présentent aussi pour leur dire au revoir.

- Vous savez, lorsqu’on vous a vu la première fois, avoue Audrey d’un air sérieux, on vous a trouvé moches et s’il faut le dire en vrai, même affreux. Mais maintenant, on ne vous trouve pas si mal que ça !

Le Grand Maître reste choqué par de tels propos. Cependant, venant d’Audrey plus rien ne l’étonne. 

- Nous vous regardions avec les yeux de la haine, lorsque la haine disparaît, le regard n’est plus le même, s’empresse d’ajouter le Grand Maître.

Les appareils sont mis en marche. Les vaisseaux se soulèvent doucement, et au hublot, les anciens envahisseurs et les deux enfants de l’Empereur font de grands signes et s’éloignent pour retourner enfin chez eux, sur leur planète Nacouba.  

Par plume2cristal - Publié dans : LES TROIS AVENTURIERS - TOME 1 - Communauté : poésie en vrille et en vrac
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