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VERS UN NOUVEAU DEPART
Catastrophé, à la vue de ces corps, le Nacoubas se dirige vers les anciens appartements de l’Empereur. Il se retrouve face au va-et-vient des femmes et des enfants blessés que l’on transporte vers la salle à manger après avoir reçu les premiers soins.
A présent, tous sont au courant de la situation. Les soldats qui se trouvent dans la salle des commandes en sureffectif, descendent vers les cellules pour offrir leurs services.
Un enfant particulièrement agité est pris en charge par Rissousse. Ce dernier lui parle doucement, lui demande de regarder ses yeux et frotte du bout des doigts de sa main gauche le dessus de sa tête à l’endroit où se trouvait la fontanelle. L’hypnose est réussie. Le chirurgien peut à présent travailler.
- Entre les blessés de l’attaque de l’Empereur et ici, nous n’avons plus d’antiseptique et de morphine, s’inquiète un infirmier Nacoubas. Trois femmes sont décédées, la femme de l’Empereur, sa sœur et sa mère. D’autres suivront si nous ne recevons pas de médicaments.
- Tous mes hommes ont ce qu’il faut, riposte Rissousse. Si vous pouvez les faire venir à bord, ils apporteront notre médecine.
- Nous n’avons pas le choix, de toute façon nous sommes à votre merci, reconnaît le Commandant Keplok. Après ce que nous vous avons fait endurer, accepteront-ils ? Et votre Grand Maître, lorsqu’il sera au courant de votre initiative, que va-t-il dire ? poursuit-il.
- Mais mon Grand Maître sait déjà tout ce qui se passe ici, souligne Rissousse. Je ne me permettrais pas de transgresser un ordre.
- Mais comment allez-vous les prévenir ? demande le Commandant Keplok.
- C’est fait, ils savent combien il y a de blessés, avec la pharmacie de deux appareils ce sera suffisant.
Les deux astronefs font des manœuvres d’approche. Ils se posent sur la plate forme du vaisseau impérial à un endroit bien déterminé. Lorsque la partie de la plate-forme s’abaisse, les Orwaniens paniquent un peu mais ont cependant toute confiance en leur responsable. Ils savent très bien que Rissousse ne les attirerait jamais dans un endroit dangereux.
Les huit hommes suivent leur guide et arrivent dans la pièce qui servait de salle à manger et qui maintenant est un véritable hôpital. Quatre d’entre eux restent avec les blessés pour nettoyer leurs plaies et soulager leurs souffrances.
Les quatre autres descendent vers les cellules. Sans un mot, ils sortent leurs produits et des bandes fabriquées à base de toile d’araignée.
Deux garçons particulièrement agressifs ne veulent pas se faire soigner et insultent même leurs bienfaiteurs. Le Commandant Keplok est horrifié du comportement de ces deux enfants.
- Qui sont-ils ? demande Rissousse.
Le Commandant gêné, avoue que ce sont les deux enfants de l’Empereur, Blork qui a six ans et Klourk, sept ans.
- Nous allons nous occuper d’eux, mais ils devront accompagner vos soldats qui viendront chercher les prisonniers dans notre village. Notre Grand Maître les guérira définitivement de leur agressivité.
Les deux Orwaniens regardent les enfants dans les yeux. Petit à petit, l’irascibilité est moins prononcée. Ils se calment et se laissent soigner normalement. Le Commandant Keplok n’en revient pas et demande des explications à Rissousse.
- Mes hommes ont imposé leurs volontés mais ce sera de courte durée. La hargne qui les habite est impressionnante. Ils vous causeront de gros problèmes, et adultes ils seront aussi dangereux que leur père. Vous savez, continue Rissousse, vos huit prisonniers sont libres, ils font ce qu’ils veulent, ils cherchent même à aider nos hommes et femmes sages dans leurs différents travaux. Ils se renseignent sur notre mode de vie, notre médecine, notre nourriture…
- Huit seulement ? s’étonne le Commandant Keplok. Ils ne sont pas enfermés ?
- Il n’y a aucune raison, ils sont très pacifiques mais malheureusement nous avons nos disparus et ça nous avons du mal à pardonner, les voir continuellement devient de plus en plus pénible pour notre peuple. C’est pour cette raison que vous devez aller les chercher très vite. Bon, tous les blessés sont à présent hors de danger. Quant aux morts, placez-les dans vos sacs en plastique, et mettez-les dans une chambre froide, ainsi vous pourrez les ramener sur votre planète. Repartez chez vous, déclare Rissousse. Seuls deux de vos vaisseaux nous accompagneront pour récupérer vos huit hommes. Tous les autres sont au royaume de la nuit éternelle. Depuis des générations et des générations, nous n’avions pas été confrontés à pareille horreur. Notre Grand Maître vous fait parvenir par ma voix, le souhait que vous repreniez toute situation en main. Votre révolte était légitime. Il vous faudra beaucoup de temps pour reconstruire votre planète. Ne répondez pas à la haine par la haine, essayez de comprendre et de raisonner ceux qui veulent se battre. La souffrance et la misère sont bien souvent responsables d’actes de violence, combattez-les. Que votre courage soit récompensé, Messieurs, adieu…
De son village, le Grand Maître prévient les habitants qui restent enfermés à cause de la situation. Tous ont hâte de retrouver ces combattants, membres de leur famille ou de leur village. Ils savent aussi que des Nacoubas viennent chercher leurs prisonniers et cela les inquiète même si les maîtres des villages ont beau dire qu’il n’y a pas de danger.
- Vincent serait là, il dirait on ne sait jamais, affirme un Orwanien. Nous voulons garder nos armes et nous ne les rendrons que lorsqu’ils seront repartis.
Les Orwaniens atterrissent les premiers et descendent sous les ovations de leurs amis. Les familles sautent au cou des héros. Les Nacoubas les suivent, leurs appareils stoppent mais l’accueil n’est pas le même, des hommes armés les entourent. Les Nacoubas savent qu’au moindre geste ils n’existent plus. Rissousse va à leur rencontre et leur demande de descendre. Le Grand Maître regarde ces gaillards étonnés de se trouver ici dans de telles conditions.
- Vous avez deux enfants à soigner je crois, ils vont venir avec moi, nous reviendrons avec les prisonniers.
Le Grand Maître prend les enfants par la main.
- Venez les enfants, ne craignez rien. Il ne vous sera fait aucun mal, assure le Grand Maître. Vos blessures vont beaucoup mieux, à ce que je vois.
- Ils vont se battre ? demandent les enfants d’un air inquiet.
- Mais non, entre gens de bonne intelligence, il y a toujours un moyen d’échanger sans brutalité. Puis le Grand Maître s’éloigne avec les deux enfants de l’Empereur.
Rissousse est étonné de la réaction de ses compatriotes. Pendant des générations, ils ont fui la violence et là, en quelques semaines, ils sont devenus de vrais guerriers.
- Je vous présente des Nacoubas courageux qui se sont battus à nos côtés, explique Rissousse. A présent, toutes leurs armes sont neutralisées. Ils ont tenu tête à leur Empereur, l’ont emprisonné mais celui-ci s’est échappé grâce à un de ses fidèles. Plusieurs d’entre eux ont payé de leur vie cet acte de courage. Si l’Empereur n’avait pas été neutralisé nous ne serions peut-être pas ici mais au pays de la nuit éternelle. Et vous, il vous aurait massacré car il aurait tout fait pour envahir notre monde. A présent qu’il est mort la paix est revenue. L’un d’entre eux a même sauvé la vie de Vincent.
- C’est vrai ? s’écrient Elisabeth, Audrey et Wyrisse.
- Et oui, c’est vrai, il s’est jeté devant moi, affirme Vincent. C’est lui qui a été gravement blessé, les siens l’avaient condamné et grâce aux soins de Rissousse, il a échappé à la mort.
Les trois filles se précipitent sur Vincent, ce qui fait sourire tout le monde et décontracte l’atmosphère. Les Orwaniens baissent leurs armes et invitent les Nacoubas à venir dans leur village.
- Nous allons ranger les armes, déclarent les Orwaniens qui s’envolent jusqu’à la grotte sous les regards médusés des Nacoubas.
Des tables arrivent de tous côtés pour fêter le courage de ces hommes qui comme eux ont subi la tyrannie de ce cruel despote. Le Grand Maître a conduit les enfants dans le laboratoire du village des hommes et des femmes sages. Tandis qu’une femme sage s’occupe de Blork, six ans, Klourk, sept ans suit docilement le Grand Maître qui le fait asseoir sur une chaise, le regarde bien dans les yeux, lui parle doucement. L’enfant hypnotisé est prêt pour l’opération. Le Grand Maître se munit d’une longue épine de cactus, la plonge dans un liquide spécial tout en continuant à parler à l’enfant endormi artificiellement. A la base du crâne avant la première vertèbre cervicale, il enfonce cette épine qui doit atteindre le cerveau et localiser la cellule responsable du caractère belliqueux de cet enfant. Le Grand Maître suit par visualisation mentale le parcours de l’épine. Il ne doit pas faire d’erreur sinon la vie de l’enfant sera un calvaire. Le travail accompli, il retire méthodiquement l’épine, il parle toujours à l’enfant jusqu’au dernier moment. Enfin, l’opération terminée, Klourk reprend conscience.
- Je n’ai presque rien senti, admet Klourk. J’ai été courageux ?
- Très, répond le Grand Maître qui se prépare pour la seconde opération. J’espère que ton frère sera aussi patient que toi.
Il sort tout souriant. Blork, mis en confiance par les paroles de son frère suit le Grand Maître sans protester. L’opération effectuée sur les deux enfants, le Grand Maître les conduit près des prisonniers. Leur rencontre est émouvante. Les enfants expliquent aux soldats qu’ils sont venus les chercher, que l’Empereur, leur père est mort ainsi que leur mère.
- Venez, dit Klourk. Nous allons mener une nouvelle vie… espérons sans violence.
Quelques femmes et hommes sages les accompagnent au village de Rissousse.
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